Poésie, arme du cœur : Sur le bout de la langue au Ciné XIII

Sur le bout de la langue est présentée au Ciné XIII jusqu’au 29 novembre. Pour la première fois traduite en français et jouée à Paris (après un passage à Avignon cet été), la pièce de la canadienne Kathleen Oliver ne manquera pas de vous surprendre.

Cette pièce, c’est l’histoire de Thomas et Catherine, frère et sœur. Tous deux prennent des cours de poésie avec leur professeur Cortex. Tandis que Thomas est plus prolifique que doué, Catherine reste assez muette. La raison : ils sont tous les deux amoureux de la même personne, la belle Sonia. Et tandis que Thomas lui déclare ouvertement sa flamme, Catherine réécrit et améliore en cachette les vers de son frère… Les personnages découvrent que chacun a ses secrets, et la poésie devient alors arme de séduction. Une belle réussite que ce cache-cache amoureux tout en alexandrins.

SLBDLL visuel

Philyra a rencontré Claire Bosse-Platière et Simon Dusigne (Catherine et Thomas dans la pièce), pour le jeu des 4 questions.

Cette pièce est singulière, tant par son sujet que par sa forme. Les personnages se travestissent, et chacun cache une belle part de mystère. Quelle a été votre première impression ?

CBP : J’ai découvert la pièce par casting. Ma première réaction a été de me dire « mais qu’est-ce que c’est que ça ! »

SD : Pareil pour moi. On m’a tendu le papier, et j’ai réalisé que c’était en alexandrins. Et bien allons-y !

CBP : Ensuite, on a commencé à répéter, 2 semaines en juin l’année dernière. C’était les premières lectures, textes en main. On découvrait la pièce, et on commençait à comprendre la vision des metteurs en scène. Puis nous avons travaillé un mois en aout, et on a joué en septembre. Donc on avait eu réellement qu’un mois et demi de répétitions avant les premières représentations, c’était assez court. Mais on a pu beaucoup plus creuser la pièce et les personnages pendant les répétitions pour Avignon.

SD : Je me souviens avoir pris les premières répétitions comme un jeu : le fait que ça soit en alexandrin, mais en même temps très vivant et avec un thème actuel et libre.

CBP : Ce que je trouve de très beau dans la pièce, c’est le fait d’écrire pour dévoiler sa flamme. Je ne pense pas que ça, ça soit complètement mort. Moi j’écris encore, je ne pense pas être une fille ultra fleur bleue, mais même si parfois c’est par sms ou par mail, on continue d’écrire pour se dire nos sentiments, de faire de longs mails pour dire « mais pourquoi tu m’as quitté »… Et ça dans la pièce c’est très agréable, parce que la poésie et l’écriture ne se sont pas arrêtées, ce n’est pas révolu. C’est encore à la mode, ce n’est pas ringard d’écrire des poèmes. Et au contraire, pourquoi ne pas écrire pour séduire? C’est une pièce qui parle d’amour, d’inspiration, de création, des choses assez essentielles finalement. Elle donne envie d’écrire à nouveau.

Sur le bout de la langue, c’est aussi 4 comédiens pour 7 personnages. Comment se prépare-t-on pour ces doubles rôles, parfois masculins/féminins ?

CBP : La première chose qu’on a travaillé, c’est le personnage d’Anne, qui joue le professeur Cortex. Ca a été le plus gros défi de toute la pièce, parce qu’il a fallu qu’Anne se déguise en homme, qu’elle pense en tant qu’homme ; on a beaucoup travaillé cet aspect au début. Son personnage, c’est vraiment Cortex, et non « une femme déguisée en Cortex ».

SD : pour les autres personnages en revanche, il fallait garder en mémoire que justement, les personnages eux-mêmes se déguisent en quelqu’un d’autre. C’est très différent, au niveau des intentions de jeu.

D’un côté la rigueur de l’alexandrin, de l’autre la liberté du langage moderne. Un challenge ?

CBP : On a eu la chance de pouvoir travailler avec la traductrice, Marie Paule Ramo. On a fait quelques séances en début de projet où on a compté les pieds, on a vraiment concentré le travail sur le texte, et les alexandrins. Comme le texte est moderne, il y a énormément d’élisions, de syllabes qui vont compter pour un pied. Lors de ces séances, on a vraiment poli le texte, on l’a passé en revu, pour vraiment l’avoir en bouche.

SD : au début, on a vraiment travaillé de manière très classique, comme on aborderait un texte de Racine, et ensuite on a commencé à le rendre beaucoup plus vivant au fur et à mesure qu’on travaillait, beaucoup moins carré. C’est un très beau projet pour nous : c’est la première fois que le texte est traduit et joué en français, et on a vraiment pu créer nos personnages ! On l’a vu comme un challenge aussi.

CBP : On a alterné le travail en fait. On a commencé par travailler les alexandrins, les décortiquer. Ensuite, lorsqu’ on maitrisé la technique, on s’est concentré sur le jeu, en retravaillant chaque scène mais en se concentrant uniquement sur les intentions et les déplacements, pour revenir au texte sur les dernières séances de travail. Et la dernière semaine avant la première, on a ajouté l’humour. Avant ça, on n’en était pas encore à ce stade, à voir de l’humour dans ce texte.

SD : c’est une alchimie compliquée finalement : un texte écrit de manière classique, en alexandrins, mais des situations et une histoire très drôle avec une suite de rebondissements improbable. On a mis pas mal de temps à trouver un équilibre et la version qu’on présente actuellement au Ciné XIII est bien aboutie de ce point de vue.

Comment réagit le public ?

SD : C’était l’inconnue pour nous : on ne savait pas quelle réception la pièce allait avoir, car c’est un peu un ovni. Le public est très concentré. C’est très étrange, on les sent avec nous. On sent l’évolution : au début, c’est presque carré, ils croient assister à une pièce classique. Et puis petit à petit, il y a quelques mots, quelques termes qui arrivent et puis ça se détend.

CBP : c’est génial de voir que le public est présent, et répond bien à la pièce. Le public parisien est plus à l’écoute, on sent les soirs où ils sont avec nous mais aussi les autres, où on n’a pas réussi à les emmener. On est pas infaillible et quelques fois le public n’est pas réceptif, on sent le soufflet qui retombe. Alors que quand on sait que ça marche, on sait qu’on est en osmose avec eux et quoi qu’on fasse, le public sera là pour suivre, rire, comprendre, … Et ça c’est des moments géniaux.

SD : cette pièce, c’est un vrai quatuor. Donc si un de nous est un peu moins bien physiquement ou au niveau de l’énergie, ça se sent. C’est très compliqué, il faut qu’on soit tous au top pour que ça marche. On se porte mutuellement. Maintenant on se connait tous bien (Avignon nous a bien servi pour ça), on est un vrai groupe, on s’entend très bien et c’est plus facile de porter la pièce ensemble.

© Marie Olona

© Marie Olona

A ne pas louper ! Jusqu’au 29 novembre, du mercredi au samedi (horaires alternés 19h/21h), théâtre Ciné XIII (infos et réservations sur http://www.cine13-theatre.com)

Avec: Claire Bosse-Platière (Catherine), Simon Dusigne (Thomas), Anne Plantey (Professeur Cortex), Camille Vallin (Sonia)

Mise en scène: Marjolaine Aïzpiri et Hélène Labadie.

 

Lise Augustin

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