« Les Franglaises » : le burlesque à Bobino

« Les Franglaises » est une comédie musicale qui reprend en français les plus grands succès de la pop internationale.  Des tubes qui fond fureur en anglais se révèlent alors sous un tout autre jour lorsque l’on en comprend enfin les paroles et la poésie laisse place au burlesque. Depuis le 10 février, ils sont de retour au théâtre Bobino à Paris avec un spectacle réinventé et un répertoire étoffé, pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques. 

franglaises

Ça résonne comme une playlists RTL 2. On l’écoute dans la bagnole, entre deux portes sur le périf’ ou le long d’un front de mer sous le soleil. Le vent glisse dans nos cheveux, on dodeline la tête, on fredonne en franglais so Clermont Ferrand. Ces paroles, on les as entendues mille fois. “She loves you yeah yeah yeah”, “Billie Jean is not my lover”, “What goes around, goes around, goes around”

On fredonne phonétiquement, s’imaginant des paroles racontant nos vies. « Les Franglaises » lèvent le voile. La comédie musicale traduit en français les standards pop.  Le spectacle s’articule autour d’un monsieur Loyal, maître de cérémonie à la Edouard Baer qui nous fait deviner le titre des chansons. Le principe est simple, il récite la traduction en français et le public doit deviner le titre anglais. C’est l’occasion d’un quizz à sketchs. Les paroles sont souvent d’une bêtise affligeante, et l’on comprend soudain ce que l’on chante sous la douche. On sourit en reconnaissant l’air d’un standard, on s’étonne d’avoir tant de fois fredonné « Je fais du bon pain ».

 

Tous les classiques en prennent pour leur grade. Bee Gees, Beach Boys, Beatles. Beyonce, Rihanna, Spice Girls.

La “Georgia” de Ray Charles devient “Georgette”. Freddy Mercury clame son amour des bicyclettes. Instantanément, la magie des tubes disparaît, laissant place aux éclats de rire. Les chorégraphies accentuent l’humour du texte. Les comédiens chantent plutôt mal dans l’ensemble, mais ils sont des mîmes hors paires. Ils sont bourrés d’énergie, parcourant l’espace scénique dans tous les sens, ils nous entraînent dans leur sillage. Le ton est burlesque, décalé. La troupe a le sens du rythme. La lumière, pertinente et originale, souligne les multiples effets de la mise en scène. Et ça marche, des tonnerres d’applaudissement ponctuent les chansons.

Au lieu de rester sur le même principe génial, le spectacle se réinvente en permanence. Il mue, se transforme, il devient métaphore du principe de traduction. Comme on voit derrière la chanson, on voit derrière le spectacle. La mise en abîme se fait crescendo au fil de l’action. On rit beaucoup en voyant les comédiens se débattre avec leur texte. Ils vont même jusqu’à détruire en partie la scène, comme on détruit le charme mystérieux d’une langue étrangère en dévoilant son sens. La poésie résiste peu à la lumière, elle se nourrit d’ombres et de reflets. Qu’importe, « les Franglaises », c’est du burlesque. Le but du spectacle, c’est de faire rire. On ressort de la salle une banane à la place des lèvres, regonflé à bloc avec une envie folle de chanter. « Les Franglaises », c’est un condensé de bonne humeur, et c’est bien là l’essentiel.

 

Les Franglaises, au théâtre Bobino,

Du mercredi au samedi à partir du 10 février

De 23 € à 53 €

 

Pierre Beretta  

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