« Les Singulières » : des bijoux au naturel

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©Alessia Armenise

Pour la première collection signée « Les singulières », Ophélie a utilisé des perles d’eau douce, des pierres naturelles et même des graines d’arbre. Au delà des matières, l’important c’est de « raconter une histoire » avec ses bijoux car « ça les rend spéciaux ». À vous de choisir le vôtre.

L’architecture ? Ce n’était pas sa tasse de thé. Pourquoi construire des bâtiments quand on peut rendre les femmes heureuses, une petite perle à la fois ! Après avoir testé le terrain, Ophélie Béhague a décidé de changer de voie. Terminé les études de mode – après avoir travaillé en tant qu’assistante de direction artistique – en 2015 elle est enfin prête à se lancer. Après avoir quitté son travail, elle a décidé de se consacrer à sa vraie passion, la création. La première collection « Les singulières » – inspirée par la nature et rigoureusement plaquée or – a vu la lumière cet hiver, mais d’autres objets précieux seront bientôt prêts à trouver propriétaires… 

Pourquoi « Les Singuliers » ?

L’idée du nom m’est venue suite à une expo sur Sonia Rykiel que j’ai vue au Musée des Arts Décoratifs. Dans les années 1980-1990, on appelait les femmes qui portaient du Rykiel des « singulières », j’ai adoré ce nom. J’ai trouvé que ça correspondait à ce que je faisais ! En plus, je l’aime beaucoup comme créatrice, il y a toujours du chic et de la folie dans ses collections. Tout le monde peut s’approprier la mode et y ajouter sa propre folie, son petit élément de fantaisie qui va rendre la chose un petit peu « peps ». C’est ça justement le « jeu » de la mode pour moi.

D’où vient ton inspiration ? 

Il y a beaucoup de choses qui m’inspirent mais j’observe surtout la nature. Pour ma première collection, j’ai été fascinée par les bijoux religieux. Tout a commencé quand j’ai chiné un vieux chapelet que j’adore. J’ai trouvé ça super beau et le montage de l’objet vraiment travaillé. Je me suis donc dit que ça représentait tout ce que je cherchais pour ma collection : un objet beau en lui-même et qui raconte quelque chose. J’ai commencé à travailler à partir de cette idée propre du chapelet catholique, des grains mis les uns après les autres. Je n’ai utilisé que des matériaux naturels tels qu’ils sont. Les perles d’eau douce par exemple, qui sont imparfaites, comme ça on rend chaque collier un peu diffèrent. J’ai fait des études d’architecture, de mode et d’art, donc forcement ces domaines m’interpellent aussi. 

Art, architecture, mode… comment tes intérêts t’inspirent ? 

Je suis assez curieuse de tout, de l’art en général. Plus que des personnes, ce sont plutôt des univers qui m’inspirent. En ce moment je travaille aussi sur un projet de photographie avec une amie. Ça peut être des photographes ou des particularités dans l’architecture qui me font penser à un rythme qu’on peut retrouver dans les bijoux. Tout peut être inspirant. Je regarde peu la mode, je m’intéresse plus à ce qui se passe autour de moi, ce qui est dans l’air du temps, les rencontres avec les gens.

Tes trois artistes phare ?

Jordi Gual, photographe espagnol contemporain, Annish Kapoor, un sculpteur indien et Mark Rothko, un artiste américain qui travaillait la couleur. 

Sonia Rykiel et les artistes qui tu as cités travaillent beaucoup avec la couleur, on ne retrouve pas cet aspect dans tes bijoux… 

J’aime la couleur mais c’est vrai qu’on ne la retrouve pas trop dans mes créations. Je préfère l’avoir ailleurs donc rester un peu neutre sur les bijoux. Pour moi les bijoux représentent la lumière, ils vont donner une touche lumineuse aux couleurs des vêtements plutôt qu’en ajouter d’avantage.

Tu as fait une école de mode, pourquoi tu ne te concentres que sur les bijoux ?

Les vêtements, je les ai faits pendant les années d’école mais ça ne me satisfaisait pas. Déjà toute petite je faisais des bijoux. J’aime les choses minutieuses, où il faut prendre du temps. Les bijoux me vont bien, par rapport à ma personnalité. Je trouve ça très reposant de les créer, je peux passer des heures à bricoler mes petites pierres et mes fils. Il y a des personnes qui n’ont pas cette patience là. Moi au contraire, ça m’apaise. Tant que je peux tout faire moi même, je préfère.

La pierre qui te fait rêver ?

Le diamant brut. J’ai découvert cette pierre à la fin de mes études, je l’ai travaillée mais sans vraiment savoir comment m’en servir. Ça n’est qu’un petit caillou mais il ajoute quelque chose de spécial aux bijoux.

Comment construis-tu ta collection ?

Je dessine très peu et, en général, j’essaie directement. Je défais et je refais, jusqu’à être vraiment satisfaite. Je suis convaincue qu’un bijou doit raconter une histoire et c’est ce que j’essaie de faire avec mes créations.

Tu travailles sur ta prochaine collection, en quoi va-t-elle être différente ?

Les nouvelles collections vont être axées surtout sur des nouveaux designs, des nouvelles formes. En ce qui concerne les intemporels je vais plutôt travailler sur la couleur des pierres. Je vais rester sur des objets simples et « indémodables », un bijou c’est quelque chose de précieux qu’on aime bien garder et qu’on transmet aussi donc je préfère la sobriété. Tous mes bijoux sont simples et fins car ce sont des choses qu’on porte à même la peau, des objets très tactiles et affectueux pour moi.

Paris, est-ce encore la capitale de la création ?

Je viens de Lille et j’envisage d’y retourner pour développer ma marque. Pour créer, j’ai besoin de respirer, donc, forcement, Paris je l’aime et je la déteste. Dans les autres villes de France il y a aussi de la création et des créateurs ! Pour moi Paris est plutôt une suiveuse, elle est une capitale timide si on la compare à Berlin ou Londres. C’est compliqué de démarrer à Paris pour les jeunes créateurs.

Alessia Armenise

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