Éva Mészáros-Homoky

Que dire de la femme en ce 8 mars 2015 ? Chacune a son histoire, ses inspirations, ses idoles et chacune (mais si, il faut y croire) peut paraître exemplaire aux yeux de son entourage. L’histoire de l’arrivée en France d’Éva Mészáros-Homoky nous parle de liberté…

Bien qu’elle vive aujourd’hui à Annecy, les racines d’Éva se trouvent ailleurs, loin de l’Hexagone. Elle a grandi en Hongrie. Tout a commencé en ce mois d’octobre 1956. Du haut de ses 18 ans, fière et insouciante à la fois, elle n’échappe pas à la Révolution de ‘56, cette révolte du peuple hongrois pour obtenir un communisme à visage plus humain, écrasée dans le sang par les chars soviétiques.

 Cette explosion de vouloir être libre m’a vraiment parlé

Ces jeunes hongrois, comme elle le raconte, voulaient simplement être entendus par les autres. Les autres jeunes, des autres nations, qui avaient la chance d’être plus libres qu’eux. Ils avaient par exemple accès à la littérature et à la poésie occidentales, ce qui était strictement encadré par le système communiste. Ces jeunes Magyars n’aspiraient qu’à pouvoir s’ouvrir au monde. La frustration a conduit cette jeunesse sur le chemin de la colère.

jeunes hongrois avec le drapeau du pays

Comme bien d’autres, dont le seul crime était d’avoir fréquenté les milieux étudiants en ébullition, Éva a été arrêtée un matin par la police politique. A partir de ce moment, les événements s’accélèrent. Son interrogatoire lui laisse un souvenir amer, rempli d’un sentiment de peur et d’incompréhension, avec toujours cette colère. L’image de la file des gens qui attendaient devant le bureau, arrêtés souvent sans raison, serrés les uns contre les autres et le visage collé contre le mur, reste gravé dans sa mémoire. Elle est questionnée par trois hommes. S’ensuivent gifles, coups de poing et menaces de mort avec un pistolet. Elle refuse de donner des informations sur ses camarades révolutionnaires. Alors, elle est renvoyée dans le couloir, pour réfléchir. Elle demande à aller aux toilettes…

 » Oui, je l’ai toujours, cette écharpe. « 

Elle n’avait pas le choix, il fallait qu’elle sauve sa vie. Sans savoir depuis quel étage elle sautait, elle s’échappe par une petite fenêtre. Dans sa chute, elle se blesse à la jambe. Elle n’a guère le temps de prendre conscience de sa douleur et du caractère pressant de sa situation. Une vieille dame s’avance vers elle pour la couvrir d’une grosse écharpe noire. Un bus passe. Boitant et le visage marqué, elle saute à l’intérieur. Elle a très peur. Son apparence et l’écrasante présence du bâtiment de la police secrète derrière elle ne laissent aucun doute sur sa situation, mais le chauffeur met les gaz. Il « oublie » plusieurs arrêts pour l’emmener à l’autre bout de la ville… Il est maintenant évident qu’elle ne peut plus rester à Budapest. Elle quitte la capitale hongroise en direction du Sud, toujours vêtue de la tenue de cavalière qu’elle portait lors de son arrestation. Au mois de décembre 1956, blessée, cachée dans un chariot de tsiganes, elle passe clandestinement la frontière et entre en Yougoslavie…

éva mészaros homokyDurant sa fuite, au milieu de ce drame, elle rencontre celui qui deviendra son mari, Ensemble, ils finissent par s’installer en France et se construisent une nouvelle vie. Devenue professeur d’éducation physique, Éva a retrouvé la liberté et la joie de vivre. Aujourd’hui à la retraite, présidente de l’Association France-Hongrie des deux Savoie à Annecy, c’est une citoyenne très active qui n’oubliera jamais ses racines et la valeur de la liberté…

azori

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