Martin Mey : la force tranquille entre folk, soul et électro

Crédit photo : Pierre Turtaut

Crédit photo : Pierre Turtaut

A la fois auteur, compositeur, musicien et chanteur, Martin Mey pose ses mots en anglais sur une musique aux accents folk-soul, teintée d’électro et de nuances pop-rock. Dans son premier album, « Taking Off », ce multi-instrumentiste à la voix chaude offre une plongée intimiste dans son univers où planent une mélancolie fascinante et totalement addictive. Philyra l’a rencontré cet hiver à la Galerie Düo à Paris, autour d’une tisane au miel. Au menu : influences, rêves de scène et rouleaux de scotch.  En novembre 2014, Martin Mey a sorti son premier album « Taking Off ». Un peu folk, un peu pop, un peu électro mais aussi teinté de blues et de soul, Il suffit de fermer les yeux un instant pour que ses chansons nous fassent planer. A 30 ans, il pose des paroles fortes sur des mélodies engageantes et travaillées ; le tout dans un univers bien ficelé, ou plutôt bien scotché : il a fait du « tape art » son identité visuelle. Dans ses chansons, il jongle entre les ambiance, nuances les atmosphères : de la poésie, du romantisme -une sorte de pop assez sombre-, aux ambiances plus folks et entraînantes. Mais il y a toujours ce côté aérien, cette idée qu’on est suspendu dans les airs. Rencontre.

Sur ton album « Taking Off », tous les titres sont en anglais. Tu écris seulement en anglais ?

Pas seulement. Je ne suis pas fermé à ma langue maternelle, le français. Le choix de l’anglais, dans mon cas, je pense que c’est parce que l’immense majorité de mes influences musicales sont anglo-saxonnes, folk-soul, nord-américaines. Tout ça, ça sonne en anglais mais c’est difficile à faire sonner en français. Il y a une musicalité dans la langue anglaise qui correspond à mon feeling musical : ça swingue, ça groove.. mais je rêverais d’arriver à faire groover un truc en français ! J’écris des chansons très personnelles, qui parlent de choses très intimes, et c’est plus facile de les coucher sur du papier dans une langue poétique et musicale comme l’anglais. Ce que j’ai envie d’écrire, ça sonne très cru en français et j’ai du mal à trouver la bonne formule pour l’exprimer. En anglais, ça coule tout seul ! Dans l’album, j’ai tenu à mettre un livret avec les paroles : je veux que les gens comprennent mes textes, même si moi j’écoute plus les mélodies, les harmonies ou la voix en tant qu’instrument plus que le contenu. Même dans des langues que je ne comprends pas, une musique peut me toucher. Quand je chante, je ne pense même plus aux paroles, je suis surtout dans la musique ! Pour moi le texte est un peu un moyen de sortir les choses que j’ai besoin d’exprimer.

Qui t’influence ?

C’est une question difficile…je fais partie des gens qui ont beaucoup d’influences très différentes ! Dans la musique que je fais il y a vraiment un côté multi-références. Là, sur un album de 12 titres, il y a une palette assez large d’influences. J’ai des références folk, soul, negro-spiritual…je suis très influencé par les harmonies vocales nord-américaines. Il y a aussi Radiohead, Nina Simone et Sophie Hunger par exemple, c’est large… Sur l’album il y aussi des morceaux au piano de quand j’étais marqué par Keith Jarrett par exemple. A côté de ça il y a des influences plus électro comme Boys Noize !

Qui rêverais-tu d’inviter à partager ta scène ?

J’ai du mal à me projeter là dedans ! Je ne m’imagine pas avoir qui je veux… Ca me fait rêver d’inviter des gens avec qui je suis en lien musicalement. Il y a Simon Henner qui a réalisé « Taking Off », c’est un musicien très talentueux qui a un nouveau projet solo électro qui s’appelle French 79 (il est venu jouer sur scène avec Martin à la Maroquinerie le 22 janvier NDLR). Je suis aussi très fier et très touché de la collaboration avec Paulette Wright sur l’album. Ce n’est pas encore une artiste très connue mais elle mérite de le devenir. Elle a une présence et une voix magnifiques qui me touchent. Sinon, difficile de dire avec qui j’aimerais partager la scène. J’aurais tendance à penser à des chanteurs qui me touchent dans la mélodie de leur voix comme Sophie Hunger, Agnes Obel, Ane Brun. J’ai une liste de filles que j’écoute beaucoup car je suis très touché par la voix féminine et par les arrangements de ces filles qui composent ! Ca me ferait rêver de faire un duo avec l’une d’elles…mais il y en a plein d’autres !

Pour « Taking Off », ce sont des chansons que tu avais déjà composées avant, ou tu as écrit spécialement pour l’album ?

Un peu des deux. On avait fait un EP « Never go down »pas très longtemps avant, qui annonçait l’album à venir. Sauf qu’il n’était pas encore écrit ! Donc rapidement on s’est lancés dans l’album. A ce moment là j’avais peut-être deux ou trois vieilles chansons inédites que je voulais retravailler pour les mettre sur l’album, deux qui étaient sur l’EP d’avant et les autres je les ai écrites pendant la création de l’album, en studio. Je crois que c’est la première fois que je fais ça. C’était très intéressant d’écrire en même temps que j’étais en studio alors que jusqu’à présent je faisais surtout des chansons pour les jouer sur scène.

Tu écris seul ?

Oui. Sauf le duo avec Paulette Wright. On était tous les deux dans le studio pendant deux jours. J’ai sorti une mélodie, qui l’a inspirée pour le texte. C’est venu tout seul. C’était vraiment une belle expérience ! Un titre en deux jours…ça ne m’arrive jamais !

Parle-moi du scotch…

En résumé, j’ai découvert le « tape-art », faire de l’art avec du scotch (la preuve qu’en anglais ça sonne mieux) part hasard. J’ai eu une sorte de déclic parce que j’ai toujours aimé les artistes qui arrivent à tout faire, des musiciens capables de faire eux-mêmes la pochette de leur album par exemple. J’ai toujours un peu fait ça sans me sentir légitime pour vraiment m’emparer de la partie visuelle de mon projet. Quand j’ai découvert le « tape-art » j’ai essayé avec du scotch qui trainait chez moi et ça m’a parlé tout de suite ! J’aime ce côté très graphique, épuré, le noir, le blanc, les lignes. Mais il n’y a pas que ça ! Ce qui m’a plu tout de suite c’est qu’avec ces lignes très simples, graphiques, que tout le monde peut faire, même moi qui ne sais rien faire avec mes mains, ça donne un résultat où chacun peut se raconter son histoire, y voir des interprétations différentes, comme dans mes chansons. Avec des choses très géométriques, on peut transmettre des émotions. J’en ai fait tout un délire, comme dans mon clip où j’ai invité le collectif d’artistes allemands « tape over ». Entre street-art et galerie d’art, le « tape art » ça marche super, et j’espère que ça correspond aussi un peu à ce que je fais. C’est autant une musique de salon que de Maroquinerie ! Le lien avec le « Tape-art » s’est fait naturellement avec ma personnalité, c’est génial. Je suis content d’avoir développé moi-même un truc visuel. C’est moi qui ai fait la pochette de l’album ! On a fait ça sur un mur à Marseille, comme une performance de street-art !   Martin Mey sera au printemps de Bourges lundi 27 avril à 12h au 22.

Ecoutez l’interview dans son intégralité ici

Propos recueillis par Marie Olona

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