L’esprit psychédélique et tourmenté du « Turk »

L’exposition du Turk ouvre ses portes à la Splendens Gallery jusqu’au 25 mai. L’occasion de découvrir une façon originale de faire de la photographie.

Philyra a pu admirer le travail du Turk avant même l’ouverture de l’exposition, le 7 mai. Presque toutes les photographies sont accrochées, l’équipe de la Splendens Gallery s’active et peaufine les derniers détails. Découverte dans les coulisses, l’œuvre générale se laisse approcher de plus près, et on s’affranchit de la distance habituelle entre la photographie et le spectateur.

Démarche (d)étonante

Le Turk réinvente la photographie et la sublime : chaque mise en scène est photographiée par morceaux. Maquillage, coiffure, habits, décors : rien n’est laissé au hasard. Une fois toutes les parties du tableau photographiées, le montage numérique permet d’assembler ce puzzle humain. Le tout est présenté comme sous une couche de verre, ce qui rend chaque visage plus réel, presque palpable.

C’est Ecce Homo qui représente au mieux ce travail phénoménal. Bien qu’on se sente un peu perdu devant tant de personnages et de détails, on se laisse finalement emporter par la scène : on se rapproche, on s’éloigne, on découvre peu à peu les différents recoins du tableau. On rentre alors réellement dans le monde psychédélique du Turk. Puis, on croise la femme photographiée, qui traverse la galerie avec nonchalance. La prise de conscience est sans appel ; le résultat est spectaculaire.

Ecce Homo

Ecce Homo

Certains des décors sont exposés, comme pour montrer la démarche suivie. On se retrouve nez à nez avec cette voiture bleue aux vitres brisées, que l’on retrouve dans Breakfast in hell,  exposé juste derrière. Le Turk lui-même finit de bricoler une machine improbable. Laurine, la directrice de la Splendens Gallery, est allongée par terre. Sa silhouette, reproduite au sol à l’aide de morceaux de scotch, représente un cadavre. Le visiteur rentre lui-même dans le décor.

La catharsis du XXIe siècle

Chaque scène exprime une idée particulière, mais des motifs récurrents apparaissent : l’eau est presque toujours présente. Des rivières troubles portent des cadavres, des mers sont le lieu de tragédies.

Le_Turk_Le-Tombeau-des-Sirenes_pourDiffusionPresse

Le Tombeau des Sirènes

De nombreux personnages fument, comme pour accentuer l’émotion qui se dégage du tableau. Dans Breakfast in Hell, la fumée joue un rôle presque morbide, vaniteux. Mais elle rentre dans le cadre de la sensualité féminine dans la série consacrée au Chat Noir.

La nudité relève aussi de cette sensualité, qui se dégage de beaucoup de ces paysages humains. A la fois sublimé ou maltraité, aérien ou lourd, le corps nu reste l’élément central du travail du Turk. Toujours très travaillé, il a un aspect irréel et presque inhumain par moments : on en vient à se demander si certains personnages sont réels ou non, photographiés ou inventés.

A la sensualité s’oppose la mort ou la souffrance, comme un écho qui se propage de tableau en tableau. Une attente tourmentée et insoutenable se dégage de La Commune, qui réinvente La Liberté guidant le peuple de Delacroix, œuvre mortelle par excellence.

La Commune

La Commune

Ici, les couleurs s’opposent et se répondent. Entre la chaleur des corps, le rouge du sang répandu et l’aspect presque glacial de certains personnages, impossible de rester de marbre devant le travail du Turk. Des enfants viennent ponctuer cette violence : l’innocence des visages soulage presque, avant d’en revenir à l’angoisse existentielle, magnifiée, presque cathartique.

Ce mélange détonnant de ressentis ne dure que trois semaines, à la Splendens Gallery. Un conseil ; foncez !

Annie Welter

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