Nathalie Cariou: les « leadeuses du web » et bien plus encore

Nathalie Cariou est la créatrice des « leadeuses du web », mais aussi blogueuse et coach en réussite financière.  Cette femme accomplie nous a séduits par son assurance, sa décontraction et son exigence. Rencontre avec cette personnalité débordante.

D’abord conseillère en marketing puis psychothérapeute, Nathalie Cariou a finalement allié ces deux activités et a créé son propre métier, entre coaching et conférences. La réunion annuelle des « leadeuses du web » est une de ses grandes réussites. Nathalie Cariou répond à nos questions, et nous livre son opinion sur les femmes d’aujourd’hui.

Philyra : Les  « leadeuses du web », c’est quoi ?

Nathalie Cariou : Les « leadeuses », c’est parti d’un constat. Je me suis rendue compte que j’avais des alter égo hommes, et c’est très bien. Mais au bout d’un moment, je finissais par me retrouver un peu toute seule.

Une fois, vous allez à une soirée ou il y a cinquante blogueurs, et vous êtes la seule femme. La fois suivante, vous allez à un networking, et vous vous rendez compte qu’il n’y a aucune femme en tant que speaker…

Puisque c’est comme ça, les femmes doivent réussir à se faire une place toutes seules. A partir du moment où les hommes sont là, ce n’est pas à eux de nous donner la place ! Et pour ça, il va falloir organiser une solidarité féminine, qui n’existait pas encore. Les femmes arrivent sur ce marché de manière plus récente, et sont d’avantage éparpillées. Il faut les former, pour qu’elles s’aident elles-mêmes. Les leadeuses, c’est dire « trouvez-moi des personnes avec qui discuter ». Ça permet de  trouver des ressources ou des partenaires, de mieux fonctionner avec eux. C’est rendre les entrepreneuses d’internet visibles et les aider à grandir. Il y a de belles alliances qui se sont faites depuis l’année dernière. Mes partenaires, si je travaille avec elles aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu les « leadeuses » en 2014 !

Y-a-t-il eu des hommes vous reprochant de faire de « l’entre soi » ?  

La première année, on m’a dit « si les hommes faisaient la même chose, on dirait qu’ils sont sexistes ». Et ma réponse a été « les hommes fait ça depuis cent ans, et personne ne leur dit rien ». Avec les leadeuses du web, on est dans la réaction plutôt que dans l’agression. Mais cette année, ça s’est moins senti. Il y a plein d’hommes tout à fait convaincus par les leadeuses du web.

Mais je suis un peu fâchée quand même : on a dû demander à des messieurs qu’ils fassent des vidéos pour donner la permission aux femmes de venir ! Si je voulais que des femmes viennent, fallait qu’il y ait des hommes qui disent « il faut venir ». C’est honteux comme histoire !

Crédit photo: @jbloubere

Crédit photo: @jbloubere

Qu’est-ce que les « leadeuses du web » apportent de plus aux femmes qu’une autre conférence mixte entre info-preneurs ?

Les outils qu’on utilise ne sont pas spécifiques, mais les problématiques le sont. Les femmes sont plus rétives au niveau de la technique : ce n’est pas qu’elles ne savent pas, mais c’est qu’elles ont un frein. Et les leadeuses, c’est mettre de l’énergie à lever ce frein. Il y a aussi la problématique de la visibilité des femmes. On leur a longtemps expliqué qu’elles n’étaient pas censées avoir le premier rôle.  Alors, nous, on les a rééduquées en leur apprenant qu’elles vont devoir être visibles, et que c’est comme ça que ça marche. Les femmes ont aussi un problème avec l’argent : ce n’est pas un domaine que l’on considère comme féminin à la base. Donc on fait cette réunion pour leur inculquer ce que j’appelle les « codes de la réussite sociale ».

Les leadeuses ça donne une énergie particulière. Il y a des sujets qu’on ne pourrait pas aborder s’il y avait des hommes. Par exemple, on a passé la soirée d’hier à dire qu’on avait mal aux pieds. Ce n’est pas juste le fait de le dire, c’est plus de pouvoir être authentique, se montrer telle qu’on est !

Les youtubeuses beauté représentent elles le futur entrepreneuriat féminin sur le web, selon vous ?

Oui mais je pense qu’elles seraient plus puissantes si elles donnaient le modèle complet de la monétisation. Elles créent une chaîne, elles font venir du monde, mais c’est comme si elles ne se préoccupaient pas du business ! Elles gagnent de l’argent grâce à la publicité, mais ce ne sont pas elles qui la gèrent. C’est comme si elles se contentaient d’avoir un auditoire, sans savoir comment cela fonctionne. Elles entretiennent aussi une illusion, du type « je suis super contente parce qu’on m’a offert vingt-cinq sacs à mains, grâce aux marques ». C’est super, mais en réalité ce n’est pas ça qui va permettre d’aller au supermarché !  Il faudrait aller plus loin dans la volonté vouloir vivre de ce projet.

Pour l’instant, on a encore une génération de youtubeuses qui triche un peu avec cette notion de « mon business ». Mais elles vont se rendre compte que ça ne le fait pas. Puis, celles de demain vont vite intégrer ça. C’est un beau modèle mais c’est encore débutant.

Et puis, le fait qu’elles parlent principalement de beauté et de mode, c’est une vision limitée de l’entrepreneuriat. C’est bien qu’elles le fassent et qu’elles l’explorent à fond. Mais il faut qu’il y ait d’autres femmes qui explorent autre chose ! Pour autant, il ne faudrait pas s’en priver sous prétexte que « c’est stéréotypé donc on n’y va pas ». Non ! Il faut se dire «  Allons y aussi ».

Vous faites beaucoup de choses à la fois (blog, leadeuses du web, coaching financier,…) : que diriez-vous à toutes celles d’entre nous qui ne « trouvent pas le temps » ?

Je pense que j’ai été dotée par la nature d’une énergie sympathique, qu’il faut que j’utilise.

Plus que tout, j’ai renoncé au perfectionnisme. On a appris aux femmes qu’il fallait être parfaite. Mais ça empêche d’avancer, et ça fait perdre beaucoup de temps !

Il y a des choses qui ne m’inspirent pas dans la vie, par exemple faire le ménage. Je ne fréquente pas assidûment mon aspirateur ! J’ai une femme de ménage, et ça me dégage du temps.

Crédit photo: @jbloubere

Crédit photo: @jbloubere

C’est quoi être une femme aujourd’hui ?

Etre une femme aujourd’hui c’est donc ne pas être perfectionniste. C’est faire des choix, et ça rejoint la finance : c’est choisir la vie qu’on veut avoir et ce qu’on veut faire de son argent. Le choix des femmes est peut être un poil plus compliqué que celui des hommes : on nous a toujours dit « il faut être belle, bien habillée», etc. Mais ça coûte de l’argent. Ça ne veut pas dire qu’on va renoncer à s’habiller ou à s’épiler ! Mais il va falloir choisir de mettre de l’argent dans autre chose.

Vous qualifieriez vous de « féministe » ?

Hier, le libraire qui est venu pour les leadeuses du web m’a demandé si j’étais féministe, j’ai répondu non. Je me suis faite incendiée par une des intervenantes, qui m’a dit « quand on est une femme, on dit qu’on est féministe ». Je suis assez d’accord avec ça, mais je ne suis pas dans un « féminisme dur » contre les hommes pour autant. Si c’est ça le féminisme, alors non, je ne suis pas féministe. Mais si c’est défendre les femmes, alors oui. Mais sans considérer que la femme est une espèce en voie de perdition ! Je pense que les femmes ont des difficultés à se faire entendre, qu’elles sont sujettes à plus d’exactions que les hommes. Donc il reste des choses à faire !

Propos recueillis par Annie Welter 

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