La techno de Torb

On a rencontré le duo techno Torb, dans le mythique studio Motorbass de Philippe Zdar. C’est à Abbesses, dans le 18e arrondissement de Paris, que le DJ de Cassius s’est installé. Et c’est là que ce duo est né. Entre raves et construction de machines, les deux dj de Torb enregistrent un « live-bum » et nous racontent sa création. 

Comment s’est formé « Torb » ?

Fabien : Je suis arrivé au Motorbass Studio un peu avant Julien, pour aider à tester le matériel. Puis Julien est arrivé, et il a assisté Philippe Zdar. Au fur et à mesure, on a parlé musique. Je n’avais pas juste envie de réparer des machines ! Alors on a essayé de faire un peu de musique ensemble. On a commencé à construire des premiers synthé. Ce n’était pas très clair, mais de toute façon on n’avait pas d’argent pour construire des machines : on bricolait pour faire du son ! Au bout d’un certain temps, on a réussi à avoir un premier modulaire, avec lequel on a pu faire notre premier EP. Pendant ce temps-là, on continuait à fouiller dans les machines, à se demander comment on pourrait évoluer. Au début, on se disait qu’on pourrait pu travailler juste avec un ordinateur. Mais avec le recul je dirais non. C’est beaucoup plus drôle avec plein de boutons dans tous les sens, on peut essayer plein de choses : dès fois ça rate – souvent ! Le son brut qui sort du synthé, ça nous parlait d’avantage. Avec un ordinateur c’est trop propre, et on ne sait pas quoi faire avec le son. Là, on peut le travailler.

Une des machines de Torb. © Annie Welter

Une des machines de Torb. © Annie Welter

Quel est le rôle de chacun ?

Personne ne dirige vraiment. On se crie tous les deux dessus ! En fait, c’est ce qu’on s’est dit au début : « on verra bien » ! La règle, c’est qu’il n’y a pas de règle. Notre devise c’est « être et durer » : on veut faire de la musique intelligente et intelligible.

Vos deux premiers maxis sont utilisés par de nombreux DJ. Qu’est-ce que ça vous fait ?  

C’est positif, normalement. Quand on écoute de la musique, et que d’un coup, on entend notre morceau qui apparait dans le mix, c’est génial ! Du coup, on regarde la vidéo, et on essaye de voir si les gens réagissent. En fait, à partir du moment où le disque sort, il ne nous appartient plus. On n’est plus décideur de qui l’écoutera ou le jouera.

« Night session », c’est quoi? 

C’est ni un album ni un live, c’est un « live-bum ». En avril, il y a eu dix jours où on était libres tous les deux. On a demandé au patron si on pouvait s’installer dans la grande pièce du studio, et on a commencé à composer un live. Très vite on s’est dit qu’il fallait qu’on l’enregistre. Alors on s’est dit « jeudi à minuit on va faire comme dans les conditions du live, on va s’enregistrer en vrai »! On a enregistré là où on en était. Forcément, ça aurait pu être largement plus abouti, mais on a respecté notre date butoir. Le lendemain on a réécouté, on a mixé sur la console, on a trouvé ça super et nos proches aussi. Notre manager nous a dit « on va faire un album » ! Mais pour nous, ce n’était pas vraiment un album, parce qu’il aurait fallu que ce soit bien préparé, propre, sans notes qui dépassent ! Nous, ce qu’on avait fait, c’était un premier jet, un live, quelque chose d’imparfait avec des erreurs et des surprises. Et en même temps, ce n’est pas vraiment un live : on était que tous les deux, il n’y avait pas de public… Avec un public, on voit la manière dont les gens ressentent la musique. S’il y a une certaine euphorie à un moment donné, ça nous revient et ça nous booste. Mais pas là. Notre manager nous a dit qu’on allait le faire quand même. C’est le CD qui s’est imposé : si on l’avait fait en vinyle, il aurait fallu le retourner plusieurs fois, alors qu’on veut de la continuité. C’est vraiment quelque chose à écouter en une heure, sans couper.

Nigh Session de Torb. © Annie Welter

Nigh Session de Torb. © Annie Welter

Dans vos titres, il n’y a presque pas de paroles, pourquoi ?

Pour mettre des paroles, il faut avoir des choses à dire… Notre musique, c’est une manière de s’exprimer autrement que par la parole. On peut aussi dire des choses avec les machines !

Est-ce que vous avez un petit rituel avant de mixer ?

F : le rituel, quand c’est possible, c’est de reculer des gens, se mettre en retrait. Pas juste deux minutes, plutôt une demie heure voire une heure. Même si on est tous les deux, on ne va pas forcément se parler. On essaye de  se décontracter, être tranquille. C’est un besoin préalable avant de monter sur scène. On fait ça parce qu’il peut y avoir beaucoup de pression, surtout si le public n’est pas content. Il y a peu de stress qui monte !

Julien : moi j’essaye de me vider, de tout oublier. A tel point que quand c’est notre tour, je me retrouve devant la machine et je me demande « comment ça marche, déjà ? ». J’ai toujours quelques instants comme ça. J’ai le trac tout le temps ! Et après, ça démarre.

Torb. © Annie Welter

Torb. © Annie Welter

Quel est votre meilleur souvenir de scène ?

C’était à  la fête de la musique. Il y avait une bonne ambiance, et au bout d’une demi-heure, on a vu un gars qui était dans un caddie, et tout le monde le portait. Il se baladait au dessus de la foule ! Il y avait aussi des filles qui faisaient des cœurs avec leurs mains, c’était génial. C’est bien quand les gens sont comme ça, quand il y a  de l’euphorie, de la joie. C’est royal ! 

Et femmes dans la techno ?

J : Le son des filles est plus dur, il y a  une énergie en plus. Les filles veulent toujours prouver qu’elles sont à la hauteur. Elles s’arrachent, et en même temps, il y a  un côté plus élégant que chez les mecs : la playlist est dure, mais dans l’enchainement et dans l’ordre des morceaux, il y a  une vraie finesse. En soirée, selon la musique, j’arrive à savoir si c’est un DJ ou une DJette ! Nous on essaye aussi de faire de la musique pour les filles. Parce que s’il y a  des filles dans les boîtes, et qu’elle dansent, alors les garçons dansent, ils boivent plus d’alcool, donc le patron est content donc il nous réinvite. Donc pour faire de la musique pour les filles, faut mettre un peu de rose, un peu de violet, du doré et des paillettes. C’est un peu cliché mais ce sont des valeurs sûres ! On fait des musiques pour les filles, mais ça reste hard.  

Qui est-ce qui vous inspire en ce moment, gars ou fille?

: comme fille, il y a Cat Power, Jennifer Cardini, ou encore Ellen Allien. En fait c’est plus une question de couleur musicale que de sexe. Si non, il y a Electric Rescue ou Bambounou.
Moi j’aimerai bien bosser avec Zdar, il est trop fort [rires] ! En fait, nous on aimerait collaborer avec tous les jeunes de l’univers ! 

Propos recueillis par Annie Welter. 

Retrouvez Torb sur Soundcloud,! 

Cet été, retrouvez Torb au Big Fest’ de Biarritz et au festival Cabourg Mon Amour. Et pour plus de festivals, c’est par ici! 

Publicités