« Nudité d’être » : les corps dénudés de Fatima Augusto

La nudité évoque souvent le plaisir charnel, la chaleur ou une certaine innocence. Mais que se passe-t-il si on enlève au corps ces propriétés, et qu’il est lui-même mis à nu ? C’est le travail qu’a effectué Fatima Augusto, qui a peint plusieurs toiles et les a réunies dans une exposition : « nudité d’être ».

« Nudité d’être » se tient dans l’espace d’exposition de KitClope, dans le 10e arrondissement de Paris. Une fois passée la surprise d’entrer dans un magasin de cigarettes électroniques pour y voir des tableaux, on découvre le travail de Fatima. Trois grands ensembles recouvrent les murs et une partie du sol, trois corps qui n’évoquent ni la chaleur ni le réconfort. A leurs pieds, de drôles de bêtes : un chien ou encore un poisson armé de dents presque monstrueuses. Le contraste est saisissant entre ce corps, vidé de toute énergie, et l’animal semblant bien d’avantage vivant. Les corps sont pâles, froids, mais nous évoquent une certaine pureté, une simplicité que l’on connait tous.

© Annie Welter

© Annie Welter

Chaque grand ensemble est composé de plusieurs petits tableaux. Est-ce une commodité pratique ou y a-t-il un sens profond dans ce choix ? Quoi qu’il en soit, on peut démembrer chaque corps, comme si son assemblage n’était pas si important. Comme si les pieds, les seins ou les hanches de l’un pourraient devenir ceux d’une autre toile. Cet aspect de « pièces détachées » se retrouve dans les photographies qui accompagnent les toiles. Sur la devanture de la boutique, on trouve des images transparentes, suspendues dans les airs. La nudité qu’elles représentent est morcelée : une fesse, une main, un chignon. C’est comme si ces différentes parties étaient l’état antérieur des toiles, et que les corps n’étaient complets qu’une fois que Fatima les aurait arrangés. Cette hypothèse est confirmée par la présence, dans un recoin,  d’un assemblage miniature des photographies et des peintures. Un tout qui est donc indissociable.

© Annie Welter

© Annie Welter

Pas d’encadrés pour nous expliquer la démarche de Fatima ou nous donner quelques indices pour comprendre son œuvre. Juste, posé dans un coin, un extrait de Labyrinthe, d’Attila Cheyssial. Ce livre à paraitre nous parle des peintures et de leur signification. Il raconte la différence entre les corps représentés et le corps de Fatima.  Les corps peints, en tant qu’objets sexuels, sont débarrassés de cette connotation presque encombrante, et ramenés à leur nature première. Les peintures peuvent être dérangeantes, tellement le corps est pur et vide à la fois. Mais ces corps ont un aspect fascinant. Une réflexion perturbante mais intéressante, qui nous fait nous demander ce qu’est réellement la chair. Les toiles de Fatima restent au 42 rue d’Hauteville jusqu’au 3 septembre, et sont visibles du lundi au samedi de 11h à 20h. Frisson garanti ! 

Annie Welter

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