La sculpture qui célèbre la mort

L’artiste Niki de Saint Phalle a créé bien des œuvres de son vivant. Mais parmi celles qui restent dans les mémoires, on trouve La Cabeza. Cet immense crâne de toutes les couleurs est visible jusqu’au 9 août au centquatre, dans le 19e arrondissement de Paris. Si vous l’avez raté jusqu’ici, il est temps d’y remédier.

La Cabeza trône dans une des cours extérieures du centquatre, presque nonchalamment. Pas de barrières ou de pancarte « ne pas toucher ». Bien au contraire, car La Cabeza est une œuvre ouverte, au sens propre comme au sens figuré. On peut s’approcher, toucher, en faire le tour, ou même tenter de l’escalader pour les plus entreprenants. En se rapprochant, on en découvre les détails : de petits morceaux de miroirs colorés recouvrent l’extérieur du crâne, les dents sont faites de grosses perles. Des coquillages, des cailloux, ou encore du verre : l’artiste a utilité des matériaux connus du grand public. Ce crâne multicolore intrigue de par son aspect joyeux.   

L’extérieur est certes très beau, mais on voudrait bien voir l’intérieur. Justement : ce crâne présente deux ouvertures à la place des oreilles. On peut donc entrer dans cette tête, s’y asseoir et découvrir ce qu’elle contient. L’extérieur est visible à travers les dents : c’est comme changer de perspective. Au plafond, un ciel étoilé et un croissant de lune. L’ambiance presque magique qui y règne est faite de de reflets multiples. Autrement dit, pas de cerveau, ni de neurones ou la moindre trace de matière grise : vous l’aurez compris, cette tête n’est pas une représentation de la réalité. C’est une métaphore. Oui, mais de quoi ?

Au Mexique, on fête tous les deux novembre « le jour des morts ». Cette tradition consiste à célébrer les défunts de façon festive, avec des processions et de riches autels. Un des principaux symboles de cette fête est la tête de mort. C’est là que Niki de Saint Phalle entre en jeu :  son oeuvre s’inscrit directement dans ce contexte de célébration. La Cabeza, c’est la mort.

L’artiste a vécu à La Jolla, en Californie, où elle a sûrement découvert cette tradition. Fascinée, elle semble avoir adopté parfaitement le mot d’ordre de cette fête : la vie n’est pas éternelle. Niki de Saint Phalle est parvenue à honorer (sans dénaturer) cette tradition aujourd’hui amplement commercialisée.  La Cabeza est haute en couleur et tranche avec l’aspect sombre de la mort telle qu’elle est conçue dans la culture occidentale. Entre l’extérieur coloré et joyeux et l’intérieur qui amène au rêve et à la légèreté, la sculpture est un beau chamboulement de notre perception de la vie. Une réelle réussite qui séduit les plus grands par sa réflexion… Et les plus jeunes par l’aire de jeu qu’elle propose ! Rendez vous au centquatre, 5 bis rue Curial (19e arrondissement). 

Annie Welter 

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