Le féminisme dans la musique pop : « Pop Meufs » donne les arguments

« Le féminisme, cette pop star ! », c’est le sujet de la dernière réunion de « Pop Meufs ». Ces débats se tiennent tout l’été au Pavillon des Canaux à Paris, dans le 19e arrondissement. Au programme : des thèmes de société qui concernent les femmes… Et la culture pop. On vous débriefe tout.

logoLa musique pop n’apparait généralement pas dans une conversation sur le féminisme et pourtant, ce n’est pas une aberration d’en parler. Avec Cécile DehesdinEmeline Ametis et Nora Bouazzouni, « Pop Meufs » explore les différents arguments pour parler (ou non) d’un mouvement de défense des femmes dans ce milieu musical particulier. On vous explique tout en six questions, toutes abordées et débattues à cette session de Pop Meufs. Vous voilà paré d’arguments pour lancer le débat dans un repas de famille un peu ennuyeux.

  1. Beyoncé est-elle la chanteuse pop féministe ?

Beyoncé se dit ouvertement « féministe », contrairement à d’autres chanteuses pop plus frileuses. La preuve en trois exemples. Son sample d’un discours de Chimamanda (l’écrivaine nigériane féministe) prouve qu’elle se positionne clairement sur la question des femmes. Elle a aussi affiché un énorme « feminist » sur les écrans du MTV Video Music Awards l’année dernière. Enfin, on a tous au moins une fois croisé son remake de l’affiche de Rosie la Rifteuse, symbole des femmes émancipées qui ont travaillé dans des usines lors de la seconde guerre mondiale. Bref, vous avez une multitude de preuves que Beyoncé se revendique comme féministe. Mais est-ce suffisant ?

Source: The Guardian. DR.

Source: The Guardian. DR.

  1. Le féminisme dans la pop n’est-il qu’un engagement de surface ?

Conséquence de ce premier point : quelle est la différence entre être féministe et se revendiquer féministe ? Si Beyoncé se dit engagée, elle semble s’en tenir à des slogans ou des images sur les réseaux sociaux. Pour certains, Beyoncé déforme ce qu’est réellement le mouvement en en faisant de la « com’ » et en simplifiant les caractéristiques. Pour d’autres, Beyoncé permet à des jeunes qui n’ont pas cette culture de s’avancer vers ces questions de société. Le fait de parler de féminisme pourrait encourager une partie de  son audience à se renseigner d’avantage sur ce qu’est ce mouvement, ses différents courants, ses revendications et personnages clés. Alors, porte d’entrée ou prisme déformant ?

  1. Féminisme et musique pop : la bonne paire ?

Pour certains, se revendiquer féministe c’est courir le risque de perdre de l’audience ou de faire un mauvais buzz auprès d’un public conservateur. Se dire féministe serait même déplacé selon d’autres, qui pensent qu’un(e) artiste est fait(e) pour chanter et non pour s’affirmer sur une question aussi politique. Mais en parallèle, on peut voir le féminisme comme un argument marketing : affirmer défendre l’égalité homme – femme deviendrait une stratégie de vente, parce que « être féministe, c’est bien ». On pourrait interpréter de cette façon certains titres ou actions de Beyoncé, comme « Who runs the world – girls ». Tout n’est pas toujours très clair dans le show business. 

  1. Le féminisme dans la pop culture se résume-t-il à un black feminism?

Petit rappel : le black feminism lutte contre l’oppression des femmes noires, qui subissent à la fois sexisme et racisme. A priori, le féminisme dans la pop est porté par des chanteuses noires, afro américaines ou métisses. Les chanteuses blanches ne semblent pas se positionner, du moins pas aussi clairement. Britney Spears n’a jamais prononcé ce mot, Taylor Swift se fait très discrète à ce sujet. Silence radio.  En même temps, les artistes que l’on dit « black feminist » adoptent les codes de la beauté occidentale. Beyoncé tend vers le blond et se défrise les cheveux, et Nicki Minaj ne porte pas vraiment la coupe afro. Grossissons le trait : quelle est la crédibilité de chanteuses qui se positionnent contre l’oppression des femmes et des minorités noires quand elles adoptent les codes de « l’oppresseur » ?

  1. Peut-on être féministe et faire des clips hyper-sexualisés ?

Si on peut trouver les clips de Nicki Minaj vulgaires et bien trop sexuels, il ne faut pas forcément les voir comme le contraire du féminisme. Une partie du mouvement revendique justement la libération sexuelle de la femme, que l’on retrouve sous différentes formes dans ces clips. On peut aussi considérer que ces femmes sont attirantes pour elles-mêmes et pour personne d’autre. Dans le fameux clip d’Anaconda, les filles dansent entre elles et avant tout pour elles : pas un homme à l’horizon pendant les trois quarts du clip. Puis arrive la scène de Nicki en soubrette qui coupe violemment une banane : le message est assez clair. Le seul homme du clip apparaît tardivement. Il est soit désemparé, soit remis à sa place par la chanteuse. Ce pourrait être une forme de féminisme : libération sexuelle + refus du patriarcat = combo gagnant ? Certains doutent tout de même de la pertinence de ces images lorsque ces pop-stars sont les idoles de jeunes filles qui ont tendance à reproduire leurs moindres faits et gestes. Vulgarité ou féminisme?  A vous de trancher.

  1. Les chanteuses blanches de pop font-elles de l’appropriation culturelle ?

Le débat Iggy Azalea est encore bien vif. Quand le magazine Forbes l’a qualifiée de « reine de rap », les critiques ont fusé de toutes parts. Une chanteuse pop blanche qui rappe comme des afro-américains, voilà la source du problème. Elle aurait adopté un style sans en connaitre les ressorts politiques voire sociaux. La même question se pose pour Madonna et Vogue. La danse qu’elle reproduit est, en réalité, issue des clubs gays de New York. On reproche à Madonna de n’avoir pas précisé la source de son inspiration, et de s’être donc approprié cette danse des LGBT. Le succès de cette danse vient donc de Madonna, et non de ses initiateurs, qui restent méconnus par le grand public. Pour autant, les blancs doivent-ils se priver d’interpréter certains types de musiques et danses parce qu’ils sont initialement issus d’une culture différente de la leur ? C’est la question de la frontière entre interprétation et appropriation.

Conclusion : à Pop Meufs, les arguments fusent et les idées se rencontrent. Que vous soyez pour, contre, indécis ou dubitatif, ces rencontres valent amplement le déplacement. Deux nouvelles réunions sont à venir, le 26 et le 27 août pour aborder la question des femmes dans les séries et pour parler de la culture lesbienne et féminine. Plus d’informations : le Pavillon des Canaux. 

Les initiatives parisiennes pour les femmes ou traitant de féminisme vous intéressent? Découvrez deux d’entre elles, Sisterhood et les Leadeuses du Web!

Annie Welter 

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