« Hors sol » : Rero questionne la ville

Des morceaux de phrases barrées, c’est la marque de fabrique de Rero. Il inscrit ses pensées dans les espaces urbains et les photographie : une double construction qui rend ses installations uniques. Son exposition « Hors Sol » questionne l’espace urbain et notre vision de la ville, au Pavillon Carré de Baudoin jusqu’au 5 septembre.  Une visite à ne pas manquer !

L’exposition est intitulée « Hors Sol ». Ce substrat inerte et détaché de la terre permet de faire pousser des plantes dans un milieu a priori hostile. Mais c’est comme si elles étaient déconnectées de la nature, tout comme l’homme peut s’en sentir éloigné. Ce parallèle souligne le rapport que l’on a avec la ruralité en milieu urbain : mettre des arbres sur des trottoirs en bitume peut alors sembler inadapté… Ce constat est le point de départ des installations de Rero au Pavillon Carré de Baudoin, dans le 20e arrondissement de Paris. On ressent particulièrement cette approche dans la première salle, où sont suspendus au plafond des pots, des branchages et des morceaux de phrases inachevées. La pratique du « hors sol » est ici prise au pied de la lettre, mais ne manque pas de poésie.

© Annie Welter

© Annie Welter

Dans les escaliers qui montent vers la seconde partie de l’exposition, on découvre de nombreuses phrases que l’artiste a inscrites dans des paysages divers. Ce couloir de photographies nous permet de mieux comprendre l’aspect dénonciateur de son travail. On se souvient de son célèbres « dégage » barré, dans les rues du 13e arrondissement, lors du Printemps Arabe en 2011. En soutien à la révolte tunisienne contre Ben Ali, l’artiste avait aussi participé à une exposition collective portant le nom de son œuvre. Revenons-en à l’exposition : ces installations sont à la fois urbaines et rurales, mais toutes dénoncent un état de fait ou critiquent notre perception du monde. Ainsi un champ devient une nature morte et les murs nous posent des questions. Impossible de ne rien ressentir devant ces revendications.

L’installation la plus remarquable se situe à l’étage. Le sol est recouvert de pierres de lave et de miroirs. Sur les murs, un vaste « beautiful for the wrong reason » tapisse toute la pièce. Le lieu, vide et plein à la fois, offre une certaine solennité à l’installation. Cette œuvre immersive nous fait littéralement rentrer dans l’esprit de Rero. Mais ce n’est jamais uniquement lui qui s’exprime. L’artiste s’appuie sur des citations d’auteurs, des brouillons d’écritures ou des poèmes. Par exemple, la seconde pièce immersive de l’exposition est inspirée de Clarice Lispector, dont les bribes d’un de ses manuscrits sont  devenus la toile de fond de la pièce.

Hors sol est une incitation à revoir notre perception de l’espace urbain et des événements qui nous entourent. Plus que de simples photographies ou œuvres abstraites, Rero tente réellement de créer du sens et de le rendre accessible à tous. Une exposition réussie qui nous ouvre l’esprit : il n’y a rien à ajouter !

Hors Sol est visible au Pavillon Carré de Baudoin dans le 20e arrondissement de Paris, jusqu’au 5 septembre. Plus d’informations : Pavillon Carré Baudoin.

Annie Welter.

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